{"id":5284,"date":"2025-07-06T15:56:03","date_gmt":"2025-07-06T13:56:03","guid":{"rendered":"https:\/\/www.assobayen.net\/Wordpress\/?p=5284"},"modified":"2025-08-07T22:16:52","modified_gmt":"2025-08-07T20:16:52","slug":"les-nouvelles-du-camp-enfants-2025","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.assobayen.net\/Wordpress\/2025\/07\/06\/les-nouvelles-du-camp-enfants-2025\/","title":{"rendered":"Les nouvelles du Camp Enfants 2025"},"content":{"rendered":"\n<!--more-->\n\n\n<p><strong>Lundi 7 juillet<\/strong><\/p>\n<p><!--more-->\u00ab\u00a0<em>Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal<\/em><\/p>\n<p><em>Fatigu\u00e9s de porter leurs mis\u00e8res hautaines,<\/em><\/p>\n<p><em>De Palos de Moguer, routiers et capitaines<\/em><\/p>\n<p><em>Partaient, ivres d\u2019un r\u00eave h\u00e9ro\u00efque et brutal.<\/em><\/p>\n<p><em>Ils allaient conqu\u00e9rir le fabuleux m\u00e9tal<\/em><\/p>\n<p><em>Que Cipango m\u00fbrit dans ses mines lointaines,<\/em><\/p>\n<p><em>Et les vents aliz\u00e9s inclinaient leurs antennes<\/em><\/p>\n<p><em>Aux bords myst\u00e9rieux du monde Occidental.<\/em><\/p>\n<p><em>Chaque soir, esp\u00e9rant des lendemains \u00e9piques,<\/em><\/p>\n<p><em>L&rsquo;azur phosphorescent de la mer des Tropiques<\/em><\/p>\n<p><em>Enchantait leur sommeil d&rsquo;un mirage dor\u00e9 ;<\/em><\/p>\n<p><em>Ou, pench\u00e9s \u00e0 l&rsquo;avant des blanches caravelles,<\/em><\/p>\n<p><em>Ils regardaient monter en un ciel ignor\u00e9<\/em><\/p>\n<p><em>Du fond de l&rsquo;Oc\u00e9an des \u00e9toiles nouvelles.<\/em>\u00ab\u00a0<\/p>\n<p>Il faut le reconna\u00eetre, Jos\u00e9-Maria de Heredia avait du style.<\/p>\n<p>Mais franchement, qui sait o\u00f9 se trouve Palos de Moguer\u00a0?<\/p>\n<p>Nos routiers et capitaines \u00e0 nous, c\u2019est de Saint M\u00e9dard d\u2019Eyrans qu\u2019ils partirent, non pas dans de blanches caravelles, mais dans un TER, un TGV, une Capoumobile (appellation indig\u00e8ne des bus), au c\u0153ur du myst\u00e9rieux Pays Toy m\u00e9ridional.<\/p>\n<p>Et c\u2019est \u00e0 pied, enivr\u00e9s des senteurs des fleurs du bord du chemin, qu\u2019ils d\u00e9couvrirent la Grange, eux qui, aux premi\u00e8res lueurs de l\u2019aube, avaient comme les gerfauts d\u00e9laiss\u00e9 le nid, l\u2019\u0153il per\u00e7ant scrutant l\u2019horizon et le jeune plumage \u00e9bouriff\u00e9 dans la fra\u00eecheur du matin\u2026<\/p>\n<p>Eux aussi eurent leur ciel ignor\u00e9, cach\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait par les nuages mass\u00e9s pour admirer de plus pr\u00e8s cette troupe bigarr\u00e9e, et qui, une fois leur curiosit\u00e9 satisfaite, laiss\u00e8rent place \u00e0 Ph\u00e9bus et ses rayons r\u00e9confortants face au souffle d&rsquo;Eole.<\/p>\n<p>Tels des conquistadors plantant le gonfanon de Sa Majest\u00e9 Tr\u00e8s Catholique sur des terres inconnues, ils \u00e9tablirent leurs quartiers, qui dans la tente, qui \u00e0 l\u2019ombre de la charpente plus que centenaire de la b\u00e2tisse.<\/p>\n<p>Puis vint le temps de l\u2019exploration, \u00e0 la d\u00e9couverte du pueblo nomm\u00e9 Sazos, sous l\u2019\u0153il accueillant et bienveillant des indig\u00e8nes, impressionn\u00e9s par cette troupe que les anciennes l\u00e9gendes avaient annonc\u00e9e.<\/p>\n<p>Avant de d\u00e9couvrir des \u00e9toiles nouvelles, ils durent se confronter \u00e0 une d\u00e9couvertes de nourritures inconnues pour certains d\u2019entre eux, mais auxquelles ils firent honneur, car comment \u00eatre h\u00e9ro\u00efque le ventre vide\u00a0?<\/p>\n<p>Eux aussi esp\u00e8rent des lendemains qui seront \u00e0 coup s\u00fbr \u00e9piques, et, apr\u00e8s la veill\u00e9e o\u00f9 ils m\u00fbriront leurs r\u00eaves que Cipango et ses mines lointaines ne sauraient \u00e9galer, c\u2019est le torrent qui d\u00e9vale les pentes abruptes des montagnes qui enchantera leur sommeil d\u2019un mirage dor\u00e9\u2026<\/p>\n<p><strong>Mardi 8 juillet<\/strong><\/p>\n<p>Pour les Hautes-Pyr\u00e9n\u00e9es, les seuils de canicule sont \u00e0 34\u00b0 la journ\u00e9e et 19\u00b0 la nuit. Je tiens \u00e0 rassurer illico les parents : hier, les risques \u00e9taient tr\u00e8s ma\u00eetris\u00e9s. Le mercure affichait p\u00e9niblement les 20\u00b0 au plus fort de l\u2019apr\u00e8s-midi, et ce matin (de bonne heure, certes), il faisait des efforts d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s pour l\u00e2cher les 8\u00b0 et foncer vers 9\u00b0. Autant dire que pour ceux qui dormaient sous la tente, s\u2019extirper du duvet demandait une belle dose d\u2019h\u00e9ro\u00efsme. Tous avaient re\u00e7u en dotation une couverture \u00e0 ajouter \u00e0 leur \u00e9quipement, et ce soir, pour pr\u00e9venir toute r\u00e9crimination, une seconde a \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9e. Cela est plus psychologique qu\u2019autre chose, car on ne devait pas descendre sous les 11\u00b0 au plus froid de la nuit. Tant mieux, car Sylviane et moi avons investi dans une tente \u00ab Dark &amp; Fresh \u00bb de chez D\u00e9cathlon. Je peux vous assurer que si pour le Dark, ils ont encore une marge de progression, pour le Fresh, ils sont au point\u2026<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait donc la premi\u00e8re nuit sans les parents \u00e0 la Grange (sauf pour le malheureux Martial, qui se goinfre sa m\u00e8re, sa grand-m\u00e8re et son grand-p\u00e8re\u00a0: la cata absolue). Autant vous dire qu&rsquo;on en avait, des choses \u00e0 se raconter, surtout au moment de dormir. Ce n&rsquo;est pas facile de se coucher en silence lorsque les fous rires secouent tout le dortoir. Une petite soif, un petit stage aux toilettes, tout est pr\u00e9texte \u00e0 se lever et \u00e0 glousser, au grand dam des animateurs, qui ont d\u00fb user de patience, de diplomatie, et m\u00eame d&rsquo;autorit\u00e9 (?). Mais tout le monde a fini par dormir, parce que le lever avait eu lieu d\u00e8s potron-minet et que le marchand de sable avait g\u00e9n\u00e9reusement distribu\u00e9 sa camelote\u2026<\/p>\n<p>Du coup, ce matin, le r\u00e9veil \u00e9tait \u00e9chelonn\u00e9, histoire d&rsquo;\u00e9viter les petits yeux.<\/p>\n<p>Une fois le petit d\u00e9jeuner englouti, plusieurs ateliers \u00e9taient propos\u00e9s, \u00e0 la carte\u00a0: peinture sur galet du gave, p\u00e2tisserie, aquarelle et jeux sportifs\u2026<\/p>\n<p>Demain, balade au Pont d\u2019Espagne et vall\u00e9e du Marcadau\u00a0: \u00e7a va chauffer les petits mollets\u00a0! En attendant, veill\u00e9e Times Up\u2026<\/p>\n<p>Mais pour vous raconter cet apr\u00e8s-midi, je passe la plume \u00e0 un vrai sp\u00e9cialiste\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ola, abrazo a todos\u00a0! Y\u00e9 m\u00e9 pr\u00e9sente\u00a0: Don Felipe Ignacio Bolivar Santiago de Guanaco y Vigogna, marqu\u00e8s de Cuzco y Machu Pichu. Mais y\u00e9 suis rest\u00e9 tr\u00e8s abordable\u00a0: mes amigos du Pa\u00efs Toy m\u2019appellent Calou El Lama. Avec mes compa\u00f1eros et Gilles, notre h\u00f4te, nous emmenons les enfants pour des balades en montagne. Ils aiment marcher \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s, admirant notre fourrure si douce, notre pied si s\u00fbr\u2026<\/p>\n<p>Y\u00e9 voudrais tout de suite dissiper un malentendu que Tintin et le Capitaine Haddock ont r\u00e9pandu\u00a0: nous ne crachons pas sur les gens, du moins pas sans bonne raison. Il peut n\u00e9anmoins nous arriver d\u2019\u00e9ternuer sans pr\u00e9avis. Mais songez que les microbes des Pyr\u00e9n\u00e9es ne sont pas les m\u00eames que leurs cousins des Andes, et qu\u2019ils en profitent pour nous enrhumer d\u00e8s que nous dormons sans chaussette\u2026<\/p>\n<p>Le lama est doux et coop\u00e9ratif, rien \u00e0 voir avec les \u00e2nes. Y\u00e9 le disais \u00e0 Ferdinand, le baudet du voisin\u00a0: \u2018Amigo, tu es t\u00eatu como un burro\u00a0!\u2019.<\/p>\n<p>Le lama marche au rythme de son chef, et le chef, c\u2019est moi\u00a0: Calou El Jefe. Si un compa\u00f1ero s\u2019arr\u00eate pour brouter une herbe tendre ou une fleur odorante, il me suffit de dire \u2018Vamos, muchachos\u2019 d\u2019un simple battement d\u2019oreille, et tout le monde repart gentiment.<\/p>\n<p>Nous sommes toujours accompagn\u00e9s par Gilles, qui profite de ses talents de conteur pour raconter l\u2019histoire de deux amigos qui ont rejoint la Pachamama, mais qui cheminent toujours au c\u00f4t\u00e9 du troisi\u00e8me. Le premier s\u2019appelait N\u00e9v\u00e9, c\u2019\u00e9tait un lama. Le deuxi\u00e8me Pierrot, un humain. Et le troisi\u00e8me, Nawal (\u2018le magicien\u2019 en quecha), un lama, est un des mes fid\u00e8les compa\u00f1eros.<\/p>\n<p>Figurez-vous que N\u00e9v\u00e9 \u00e9tait un ressuscit\u00e9. Lorsqu&rsquo;il est n\u00e9, dans les Alpes (c&rsquo;\u00e9tait un pyr\u00e9n\u00e9en d&rsquo;adoption), il y a eu un coup de gel terrible dans la nuit. Quand Gilles est arriv\u00e9, \u00e0 l&rsquo;aube de ce premier mai, N\u00e9v\u00e9 \u00e9tait mort de froid. Mais l&rsquo;amigo Pierrot, qui accompagnait Gilles, n&rsquo;a pu se r\u00e9soudre \u00e0 voir ce petit lama mort avant m\u00eame d&rsquo;avoir v\u00e9cu. Ils l&rsquo;ont ramen\u00e9 au chalet, et Pierrot, brandissant son s\u00e8che-cheveux, l&rsquo;a r\u00e9chauff\u00e9, sans baisser les bras, pendant de longues minutes, qui ont fini par se transformer en heure. Et l\u00e0, N\u00e9v\u00e9 \u00e0 ouvert un oeil&#8230; Pierrot l&rsquo;avait sauv\u00e9, contre toute attente. Le v\u00e9t\u00e9rinaire affirme que s&rsquo;il avait fait moins froid, N\u00e9v\u00e9 serait mort. Mais l\u00e0, son organisme s&rsquo;\u00e9tait mis en hypothermie profonde, sans que son cerveau ne soit d\u00e9truit par le manque d&rsquo;oxyg\u00e8ne.<\/p>\n<p>Pierrot avait montr\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait digne d\u2019\u00eatre un Inca\u2026<\/p>\n<p>Mais m\u00eame les Incas doivent rejoindre la Pachamama un jour. Et lorsque la sant\u00e9 de Pierrot s\u2019est d\u00e9grad\u00e9e, laissant pr\u00e9sager le pire, la mama de Nawal devait mettre son petit au monde. Mais les esprits de Pierrot et de Nawal \u00e9taient vou\u00e9s \u00e0 se rencontrer. Ainsi, Nawal est n\u00e9 avec trois semaines de retard sur le terme, le jour o\u00f9 Pierrot nous quittait. Le magicien, El Mago, Nawal, \u2026 : tel est son nom.<\/p>\n<p>Vous auriez vu les yeux de vos enfants quand Gilles racontait : ils \u00e9taient dans le pr\u00e9 o\u00f9 est n\u00e9 N\u00e9v\u00e9, ils d\u00e9couvraient le petit lama mort, ils aidaient le s\u00e8che-cheveux de Pierrot de leur souffle, ils exultaient quand ils voyaient enfin, au bout de tous ces efforts, un regard filtrer \u00e0 travers les paupi\u00e8res du b\u00e9b\u00e9, n\u00e9 pour la seconde fois en quelques heures&#8230; Ils s\u2019\u00e9merveillaient de la constance de Nawal \u00e0 attendre pour souhaiter bonne route vers les \u00e9toiles \u00e0 Pierrot et le regardaient avec de grands yeux \u00e9carquill\u00e9s et pleins d&rsquo;admiration.<\/p>\n<p>Ce fut une belle apr\u00e8s-midi, sous le vol des vautours au-dessus du Pibeste. Il ne manquait qu\u2019une fl\u00fbte andine, une quena, pour jouer \u2018El Condor pasa\u2019 et nous transporter chez moi, au fabuleux P\u00e9rou\u2026<\/p>\n<p>Hasta la vista, amigos\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Mercredi 9 juillet<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Avancer la jambe gauche. Poser le pied. Avancer la jambe droite. Poser le pied. Gauche. Droite. Gauche. Droite. Ne pas penser \u00e0 autre chose\u2026 Oublier le vent glacial qui hurle dans mes oreilles \u2018Va-t-en\u00a0! Tu n\u2019as pas ta place ici\u00a0! Fiche le camp\u00a0!&#8230;\u2019 Droite. Gauche. Ne pas regarder tout l\u00e0-haut, ne pas regarder les nuages qui viennent se d\u00e9chirer sur les sommets qui paraissent si proches et pourtant si inatteignables. Gauche. Droite. Ne pas penser \u00e0 l\u2019oxyg\u00e8ne qui manque, au c\u0153ur qui s\u2019emballe, aux poumons qui br\u00fblent&#8230; Droite. Gauche. Je n\u2019en peux plus. Ne pas s\u2019arr\u00eater. Ne pas c\u00e9der au froid qui me ferait m\u2019endormir \u00e0 tout jamais. Gauche. Droite. Ne pas regarder en bas. Bien rester sur l\u2019ar\u00eate, ignorer le vide qui, de chaque c\u00f4t\u00e9, m\u2019appelle et tente de m\u2019attirer, pour que je rejoigne tous ceux que le glacier a aval\u00e9s et qu\u2019il vomira dans quelques si\u00e8cles\u2026 Avancer la jambe droite. Poser le pied. Avancer la jambe gauche. Poser le pied. Mais que c\u2019est dur\u00a0! Mais que c\u2019est dur\u00a0! Allez\u00a0! Encore\u00a0! Bon sang\u00a0! \u00c7a y est\u00a0! J\u2019y suis\u00a0! Sir Edmond Hillary, serviteur\u00a0! Le soleil vient \u00e9clairer la pointe aig\u00fce sur laquelle je me trouve. Je crois m\u00eame entendre la douce voix de la D\u00e9esse des Sommets qui me parle\u2026\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Une l\u00e9g\u00e8re brise souffle le long de la Vall\u00e9e du Marcadau, amenant avec elle les bergers et les marchands venus d\u2019Espagne. Ils ont pass\u00e9 le col et m\u2019attendent en devisant avec nos p\u00e2tres venus de Cauterets. Moi, j\u2019ai quitt\u00e9 Sainte Marie de Campan il y a quelques jours, \u00a0sur mon vaillant petit cheval noir, mes deux mules \u00e0 la bride, charg\u00e9es de tabac et de sel. D\u00e9jouer les gabelous de Luz, les semer dans la montagne que je parcours depuis ma plus tendre enfance, passer par Bayen pour rejoindre Cauterets par le col de Riou, monter jusqu\u2019au Pont d\u2019Espagne par le chemin des cascades. Et enfin retrouver mes clients\u2026 Ce n\u2019est pas pour rien que ce lieu porte le nom de Marcadau. Le march\u00e9\u2026 Moi, je pr\u00e9f\u00e8re le march\u00e9 de contrebande. Rien ne m\u2019arr\u00eate. Ni la nuit, ni la neige, ni le froid. Je suis Toy : je ne crains que Dieu, l\u2019orage et l\u2019avalanche. Mais qu\u2019est-ce que cette voix qui traverse la brume ? \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Alors, cette rando\u00a0? La mont\u00e9e\u00a0? Pas trop dure\u00a0? Tu dormais\u00a0? Toi aussi\u00a0? Vous aviez besoin de r\u00e9cup\u00e9rer, dites donc\u00a0! Allez, debout\u2026\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Lucile sonne le rappel de toute la troupe pour la pause d\u00e9jeuner. Les deux qui s\u2019\u00e9taient endormis \u00e0 l\u2019ombre, berc\u00e9s par le murmure du torrent, ouvrent les yeux, tir\u00e9s de doux r\u00eaves montagnards.<\/p>\n<p>Durant la balade, Maxime, le guide, a racont\u00e9 l\u2019histoire de la vall\u00e9e du Marcadau o\u00f9 se trouvent les enfants et leur \u00e9quipe d\u2019animation. Il leur a montr\u00e9 des Milans Royaux, des Milans Noirs, des Vautours Fauves qui planaient majestueusement dans les courants d\u2019air chaud qui s\u2019\u00e9lancent \u00e0 l\u2019assaut de la muraille de roches jusqu\u2019aux sommets, tout l\u00e0-haut.<\/p>\n<p>Avec sa lunette d\u2019approche, il leur a fait admirer leur vol o\u00f9 pas un battement d\u2019aile n\u2019est n\u00e9cessaire, tandis que leur regard per\u00e7ant scrute la montagne \u00e0 la recherche d\u2019une carcasse de vache ou de mouton qu\u2019ils s\u2019empresseront de nettoyer, emp\u00eachant ainsi les \u00e9pid\u00e9mies de se d\u00e9clarer.<\/p>\n<p>De plus pr\u00e8s, il leur a montr\u00e9 les vaches qui paissent en libert\u00e9 durant toute la belle saison, faisant une orgie de fleurs d\u2019altitude et d\u2019herbe fra\u00eeche et tendre.<\/p>\n<p>Certains les ont m\u00eame vu de tellement pr\u00e8s qu\u2019ils en ont oubli\u00e9 de regarder o\u00f9 ils posaient les pieds. Mais marcher dans une bouse du jour, cela porte bonheur\u2026<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr les Marmottes \u00e9taient au rendez-vous. Les petits, \u00e2g\u00e9s de quelques semaines, gambadaient autour du terrier familial, sous la surveillance des parents, pr\u00eats \u00e0 siffler pour rapatrier tout le monde en cas de danger.<\/p>\n<p>Alors que Maxime leur montrait une photo de Bouquetin Ib\u00e9rique, animal qui ignore superbement les fronti\u00e8res des hommes et s\u2019aventure souvent de ce c\u00f4t\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es, un Isard \u00e9tait l\u00e0, tout proche. Trop proche\u00a0: il bo\u00eetait bas, loin de sa harde qui devait se trouver bien plus haut. Sombre pronostic. C\u2019est difficile de d\u00e9couvrir les dures lois de Dame Nature\u2026<\/p>\n<p>Mais cette ombre au tableau n\u2019\u00e9tait pas de taille \u00e0 ternir l\u2019image d\u2019une si belle journ\u00e9e. Et c\u2019est avec des souvenirs plein la t\u00eate que tout le monde est rentr\u00e9 \u00e0 la Grange, pour une douche r\u00e9paratrice, un repas qui le sera tout autant, suivi d\u2019une veill\u00e9e qui fera oublier toutes les consoles de jeux du monde\u2026<\/p>\n<p><strong>Jeudi 10 juillet<\/strong><\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce que le courage\u00a0?<\/p>\n<p>Une l\u00e9gende urbaine pr\u00e9tend qu\u2019un candidat au bac, d\u00e9couvrant ce sujet lors de l\u2019\u00e9preuve de philosophie, aurait rendu sa feuille avec uniquement \u00ab\u00a0Le courage, c\u2019est \u00e7a\u00a0\u00bb.\u00a0\u00a0Et que le jury, \u00e9poustoufl\u00e9 par son audace, lui aurait mis 18 sur 20. C\u2019est bien s\u00fbr totalement invent\u00e9, et cela n\u2019a rien \u00e0 voir avec le courage, c\u2019est juste de la paresse intellectuelle. Et qui peut croire qu\u2019un jury aurait pu lui mettre autre chose que la mention \u00ab\u00a0A l\u2019ann\u00e9e prochaine\u00a0\u00bb\u00a0?<\/p>\n<p>Henri de la Tour d\u2019Auvergne, vicomte de Turenne, pris de tremblements incontr\u00f4lables au moment de se jeter dans la bataille, s\u2019\u00e9tait \u00e9cri\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Tu trembles, carcasse, mais tu tremblerais bien davantage si tu savais o\u00f9 je vais te mener\u00a0!\u00a0\u00bb. L\u00e0, on se rapproche davantage du sujet\u00a0: le vrai courage, ce n\u2019est pas ignorer la peur, c\u2019est lui imposer sa volont\u00e9, la domestiquer\u2026<\/p>\n<p>Mais si l\u2019on veut vraiment d\u00e9crire le courage, et m\u00eame Le Courage, c\u2019est dans les Pyr\u00e9n\u00e9es qu\u2019il faut se pr\u00e9cipiter, pour voir les petits Bayennais dans leur aventure du jour, l\u2019Accro-branche.<\/p>\n<p>L\u00e0, oui, il faut la vaincre, l\u2019appr\u00e9hension. Parce qu\u2019un montagnard, c\u2019est fait pour avoir les pieds solidement ancr\u00e9s \u00e0 la pente, pas pour grimper dans les arbres.<\/p>\n<p>Imaginez, chers parents, imaginez que vous \u00eates dans votre canap\u00e9 : Monsieur Eddy pr\u00e9sente la Derni\u00e8re S\u00e9ance (si cela vous parle, c\u2019est que vous avez eu vos enfants sur le tard), il vient d\u2019annoncer le grand film de la soir\u00e9e. C\u2019est \u00ab Tarzan \u00bb, avec Johnny Weissmuler. Les lumi\u00e8res s\u2019\u00e9teignent, et vous voil\u00e0 emport\u00e9s au c\u0153ur de la jungle, \u00e0 voler de liane en liane et d&rsquo;arbre en arbre, \u00e0 la merci de bestioles hyper agressives\u2026<br \/>Eh bien, tout ceci, c\u2019est de la roupie de sansonnet, de la gnognotte en branches \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des emb\u00fbches dont sont parsem\u00e9es les parcours. Les noirs, certes, mais aussi les rouges, les bleus et m\u00eame les verts sont des publicit\u00e9s pour des rem\u00e8des contre le vertige\u2026<\/p>\n<p>Et pourtant, ils l\u2019ont fait\u00a0! Toutes\u00a0! Tous\u00a0! Ils se sont hiss\u00e9s sur des ponts de singe brinquebalants, sur des plates-formes \u00e9troites et glissantes, accroch\u00e9es \u00e0 la canop\u00e9e perdue dans des brumes f\u00e9tides, o\u00f9 sans nul doute r\u00e8gnent les serpents constricteurs et les araign\u00e9es venimeuses. Ils se sont lanc\u00e9s sur des tyroliennes mena\u00e7ant \u00e0 tout moment de rompre, d\u00e9risoires fils d\u2019Ariane auxquels il faut remettre son existence\u2026<\/p>\n<p>Oui, ils l\u2019ont tous fait\u00a0! Et en riant\u00a0! En se moquant de la peur d\u00e9licieuse qui leur chatouillait le ventre, et du vide qui semblait les appeler pour mieux les attirer \u00e0 lui\u2026<\/p>\n<p>Evidemment, vu de Bordeaux, vous vous dites pour vous rassurer que l\u2019histoire est un petit peu enjoliv\u00e9e, que Lucile n\u2019est pas totalement inconsciente, que la chair de votre chair n\u2019a pas pu \u00eatre autant expos\u00e9e \u00e0 tous ces p\u00e9rils impitoyables, que son petit fait partie du groupe \u2026<\/p>\n<p>Certes. Mais dites-vous bien que les aventures ne deviennent des Aventures que lorsqu\u2019on les raconte.<\/p>\n<p>Quand vous voyez passer le Tour de France, vous vous dites \u00ab\u00a0Bof, ce sont des gens qui p\u00e9dalent, comme moi lorsque je vais chercher mon pain \u00e0 v\u00e9lo \u00e0 la boulangerie du village\u00a0\u00bb. Mais d\u00e8s lors que vous lisez le compte-rendu de leurs exploits dans l\u2019Equipe, sous la plume d\u2019Antoine Blondin il y a trente ans ou d\u2019Alexandre Roos aujourd\u2019hui, lorsque vous les regardez \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, et que Robert Chapatte pour les plus \u00e2g\u00e9s, Thomas Voeckler, Laurent Jalabert ou Marion Rousse pour les contemporains, vous les font vivre avec des superlatifs plein la musette, l\u00e0, les poils de vos bras se h\u00e9rissent et vous basculez dans un autre monde.<\/p>\n<p>Autre exemple, plus classique, peut-\u00eatre\u00a0: Ulysse, qui soi-disant aurait mis dix longues ann\u00e9es pour revenir de Troie \u00e0 Ithaque. Mouais\u00a0! Sur un paquebot Costa Croisi\u00e8re, il suffit d\u2019une nuit de navigation\u00a0: la soir\u00e9e du Commandant (avec cotillons et serpentins, buffet \u00e0 volont\u00e9, champagne du P\u00e9loponn\u00e8se\u2026), un petit dodo, et on y est\u2026<\/p>\n<p>Mais lorsque le gars Hom\u00e8re attrape sa lyre et vous d\u00e9clame l\u2019Odyss\u00e9e (et en grec ancien, s\u2019il vous pla\u00eet, ce qui n\u2019est pas donn\u00e9 \u00e0 tout le monde, notez-le bien), ce n\u2019est plus la m\u00eame musique. Polyph\u00e8me le Cyclope qui se fait un marin grill\u00e9 le matin au petit d\u00e9jeuner, Circ\u00e9 la magicienne qui veut absolument transformer ceux qui restent en porcs Noirs de Bigorre, les temp\u00eates inou\u00efes et les dangers tous plus dangereux les uns que les autres\u2026 L\u00e0, oui, on est dans l\u2019\u00e9pop\u00e9e\u2026<\/p>\n<p>Comme vos enfants ne vous diront rien d\u2019autre \u00e0 leur retour que \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait bien, on s\u2019est bien amus\u00e9s\u00a0\u00bb, ce message vous permet un peu de vivre leur courage par procuration\u2026<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre aurez vous plus de chance d\u2019avoir un compte-rendu de leur part pour l\u2019activit\u00e9 de l\u2019apr\u00e8s-midi\u00a0: le Donjon des Aigles. Il est m\u00eame possible que vos chers enfants vous ram\u00e8nent des photos des rapaces qu\u2019ils auront c\u00f4toy\u00e9s.<\/p>\n<p>Ils les auront m\u00eame c\u00f4toy\u00e9s de tr\u00e8s pr\u00e8s, puisque lors du spectacle, les oiseaux les ont survol\u00e9s, que dis-je, survol\u00e9, ils leur ont fr\u00f4l\u00e9 la chevelure pour venir se poser au beau milieu d\u2019eux. Et quand un Vautour Fauve d\u2019une envergure de plus de trois m\u00e8tres, pourvu d\u2019un bec ac\u00e9r\u00e9, d\u2019un petit \u0153il gla\u00e7ant et de griffes \u00e9pouvantables vous passe \u00e0 cinq centim\u00e8tre de la casquette, le temps n\u2019est plus trop \u00e0 la rigolade.<\/p>\n<p>Sans compter le Serpentaire qui vient prendre son go\u00fbter (un \u00e9norme serpent ultra-venimeux : le Crotale de Ch\u00e2avi\u00f1ol. Le seul moyen d\u2019esp\u00e9rer se sauver est de s\u2019administrer l\u2019antidote avant qu\u2019il ne vous morde). Au beau milieu de la foule. S\u2019il l\u2019oiseau arrive trente secondes en retard, c\u2019est la catastrophe en Technicolor, avec la victime du reptile qui devient toute bleue et qui convulse affreusement.<\/p>\n<p>Et le Vautour Percnopt\u00e8re, que l\u2019on appelle ici la Marie-Blanque, qui vient casser la cro\u00fbte, au sens propre (il prend dans son bec un caillou et qu\u2019il lance sur un \u0153uf d\u2019autruche pour le briser\u00a0: il a fallu installer un \u00e9levage d\u2019autruches rien que pour lui). Imaginez qu\u2019il se rate, et c\u2019est un de nos aventuriers qui r\u00e9ceptionne la pierre avec ses oreilles\u2026<\/p>\n<p>Vous pensez s\u2019il en fallait, du courage, pour assister \u00e0 tout ceci avec le sourire aux l\u00e8vres, en traitant le danger par le m\u00e9pris. Ca l\u2019a m\u00eame tellement vex\u00e9, le danger, qu\u2019il s\u2019est cach\u00e9 et qu\u2019on ne l\u2019a pas vu de la journ\u00e9e\u2026<\/p>\n<p>Au retour \u00e0 la Grange, vos enfants, pour se remettre, ont eu droit \u00e0 un Repas du Trappeur. Je ne vous en dis pas plus : vous demanderez \u00e0 votre prog\u00e9niture. Et puis, vous n\u2019aviez qu\u2019\u00e0 venir \u00e0 Bayen au lieu de vous la couler douce sans vos enfants\u2026 Sachez n\u00e9anmoins qu\u2019il semble avoir \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9.<\/p>\n<p>Et ce soir, chamallows grill\u00e9s et veill\u00e9e Loup-Garous\u2026<\/p>\n<p><strong>Vendredi 11 juillet<\/strong><\/p>\n<p>Panem et circenses\u00a0: du pain et des jeux\u2026<\/p>\n<p>Dans la Rome antique, c\u2019\u00e9tait la recette des Empereurs pour avoir le peuple de leur c\u00f4t\u00e9. Foin de r\u00e9volte, vive la paix sociale. Lorsque les ventres sont pleins et les esprits r\u00e9jouis par les courses de chevaux ou les spectacles de gladiateurs, les risques de soul\u00e8vement sont r\u00e9duits \u00e0 n\u00e9ant.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, \u00e0 Bayen, la m\u00e9t\u00e9o est assez pessimiste. Et pour demain, elle est carr\u00e9ment d\u00e9prim\u00e9e. Il nous faut par cons\u00e9quent demeurer \u00e0 la Grange ou dans les environs durant ces deux journ\u00e9es.<\/p>\n<p>Pour \u00e9viter tout mouvement de foule hostile, l\u2019Imp\u00e9ratrice Lucilia et sa garde rapproch\u00e9e, Sara, Emilia, Justinia et Valentinius ont d\u00e9cid\u00e9 d\u2019appliquer la bonne vieille recette.<\/p>\n<p>Avec une originalit\u00e9\u00a0: primus\u00a0: circences, secundus\u00a0: panem\u2026<\/p>\n<p>En clair : ce matin, le Grand Jeu \u00e0 travers Sazos, et cet apr\u00e8s-midi, l\u2019atelier p\u00e2tisserie\u2026<\/p>\n<p>Pour le Grand Jeu, cinq \u00ab\u00a0factiones\u00a0\u00bb \u00e9taient constitu\u00e9es\u00a0: les Rouges, \u00a0les Bleus, les Verts, les Jaunes et les Violets.<\/p>\n<p>Le but \u00e9tait de cumuler des m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9, chaque \u00e9preuve r\u00e9ussie permettant d\u2019en gagner, avec un bonus variable selon le temps mis par la \u00ab\u00a0factio\u00a0\u00bb pour la r\u00e9aliser.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0, l\u00e0, il faut suivre\u2026<\/p>\n<p>Pour d\u00e9terminer l\u2019ordre de d\u00e9part et r\u00e9colter les premiers m\u00e8tres de grimpette, il fallait se rep\u00e9rer sur une carte du village et trouver cinq gravures d\u2019objets, soigneusement dissimul\u00e9es. Une fois ces tr\u00e9sors dans la besace, les \u00e9quipes se rendaient chacune sur le lieu de leur premi\u00e8re \u00e9preuve.<\/p>\n<p>Prenez des notes, \u00e7a va se compliquer\u2026<\/p>\n<p>Cinq \u00e9preuves \u00e0 surmonter tout \u00e0 tour\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>\u00ab\u00a0Prohibitum verbum\u00a0\u00bb\u00a0: il faut faire deviner un mot \u00e0 ses partenaires en \u00e9vitant de prononcer les mot-cl\u00e9s formellement interdits\u00a0;<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0Turris ambulante\u00a0\u00bb\u00a0: il faut retirer des poutres d\u2019une tour d\u2019assaut en bois miniature sans la faire \u00e9crouler\u00a0;<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0Aqua sana\u00a0cursus \u00bb\u00a0: il faut courir avec divers r\u00e9cipients remplis d\u2019eau, en en renversant le moins possible\u00a0;<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0Sine oculis\u00a0cursus \u00bb\u00a0: il faut courir les yeux band\u00e9s, guid\u00e9 uniquement par les cris des partenaires\u00a0;<\/li>\n<li>\u00ab\u00a0Lapides in circulus\u00a0\u00bb\u00a0: il faut lancer des boules pour les placer dans un cercle trac\u00e9 au sol.<\/li>\n<\/ul>\n<p>J\u2019ai mis des noms en latin de cuisine pour faire style, au grand effroi de Caton l&rsquo;Ancien, de Cic\u00e9ron et de Lucile, mais je trouve que cela fait plus \u00e9pique : je vous imagine clou\u00e9s \u00e0 votre \u00e9cran, vous demandant si \u00e0 chaque \u00e9preuve un membre de l\u2019\u00e9quipe la plus mal class\u00e9e n\u2019est pas pr\u00e9cipit\u00e9 dans le torrent. Car vous n&rsquo;ignorez pas que la Roche Tarp\u00e9ienne est toute proche du Capitole\u2026<\/p>\n<p>Autant vous le dire tout de suite\u00a0: tout le monde est revenu sain et sauf\u00a0!<\/p>\n<p>Les Violets et les Verts finissent premier ex-aequo (vous voyez, l\u00e0, ce n\u2019est pas moi qui mets du latin pour faire joli dans le paysage) avec 2\u00a0510 m\u00e8tres de d\u00e9nivel\u00e9 cumul\u00e9.<\/p>\n<p>Mais les trois autres \u00e9quipes les talonnent (comme dirait Achille) \u00a0de si pr\u00e8s qu\u2019un cas de conscience va se poser au jury\u2026<\/p>\n<p>Pour l\u2019atelier p\u00e2tisserie, deux recettes ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9es, qui vont sans doute nous r\u00e9galer ce soir : cheese cake et cake au carambar (eh oui, je parle anglais couramment).<\/p>\n<p>Pour rendre la confection de ces petites merveilles encore plus artistiques, j&rsquo;ai fait appel \u00e0 un cuisiner po\u00e8te, j\u2019ai nomm\u00e9 Ragueneau, l\u2019ami nourricier de Cyrano.<\/p>\n<p>Press\u00e9 par le temps, je dois avouer que j\u2019ai aussi sollicit\u00e9 l\u2019aide de ChatGpt pour nous aider \u00e0 composer nos alexandrins de mirliton\u2026<\/p>\n<p>Pour le cheese cake, une pi\u00e8ce en trois actes\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0PREMIER ACTE \u2013 LA CRO\u00dbTE<\/em><\/p>\n<p><em>(Entrent les biscuits et le beurre, en prose dansante)<\/em><\/p>\n<p><em>Prenez deux cents grammes, dor\u00e9s, croustillants,<br \/>De biscuits \u00e9miett\u00e9s, finement, patiemment.<br \/>Puis versez par-dessus, tel un fleuve dor\u00e9,<br \/>Quatre-vingts grammes de beurre, tout juste liqu\u00e9fi\u00e9.<br \/>M\u00e9langez, tassez, dans un moule arrondi,<br \/>Et mettez au four, dix minutes \u2014 point d\u2019ennui !<br \/>Ce sera le plancher de votre doux palais,<br \/>Une base parfum\u00e9e, sur laquelle tout na\u00eet.<\/em><\/p>\n<p><em>DEUXI\u00c8ME ACTE \u2013 LA CR\u00c8ME<\/em><\/p>\n<p><em>(Chantent les \u0153ufs, le sucre, le fromage\u2026)<\/em><\/p>\n<p><em>Six cents grammes pr\u00e9cis, d\u2019un fromage charmant,<br \/>Philadelphia nomm\u00e9, onctueux assur\u00e9ment.<br \/>Versez cent cinquante de sucre bien blanc,<br \/>Et trois \u0153ufs entiers, un par un, lentement.<br \/>Ajoutez une cuill\u00e8re (celle de la farine),<br \/>Une autre de vanille, aux ardeurs f\u00e9minines.<br \/>Puis un zeste de citron, si le c\u0153ur vous en dit,<br \/>Et deux-cents millilitres de cr\u00e8me au bel esprit.<\/em><\/p>\n<p><em>Fouettez sans trop d\u2019ardeur, point ne faut l\u2019agiter,<br \/>Mais le tout doit former un nuage enchant\u00e9.<br \/>Le centre doit trembler, frissonner d\u2019\u00e9motion,<br \/>Comme un c\u0153ur amoureux en qu\u00eate d\u2019une union.<br \/>Laissez-le reposer au frigo chers amis,<br \/>Le froid le raffermit, l\u2019ar\u00f4me se construit.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Pour le cake au carambar, une pi\u00e8ce en quatre actes avec prologue\u00a0:<\/p>\n<p><em>PROLOGUE \u2013 L\u2019INVOCATION DU SUCRE<\/em><\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Mesdames, Messieurs, que l\u2019on m\u2019apporte, h\u00e2tivement,<br \/>Vingt Carambars, ces b\u00e2tons d\u2019or fondant doucement !<br \/>Qu\u2019ils entrent dans la danse, avec noble lenteur,<br \/>Dans cent millilitres d\u2019un lait plein de douceur.<\/em><\/p>\n<p><em>Et qu\u2019avec eux s\u2019unisse, tout fondant, tout mignon,<br \/>Cent cinquante grammes de beurre, leur compagnon.<br \/>Faites fondre le tout dans un chaudron discret,<br \/>\u00c0 feu doux, en tournant en un doux menuet.<\/em><\/p>\n<p><em>ACTE I \u2013 L\u2019APPEL DES \u0152UFS<\/em><\/p>\n<p><em>Trois \u0153ufs d\u2019un jaune pur, tout ronds comme la lune,<br \/>Coulent dans un saladier, sous la main opportune.<br \/>On les fouette en cadence avec sucre \u00e9tincelant,<br \/>Cent cinquante grammes encore \u2014 c\u2019est charmant !<\/em><\/p>\n<p><em>ACTE II \u2013 FARINE ET LEVURE ENTRENT EN SC\u00c8NE<\/em><\/p>\n<p><em>Ajoutez la farine, en pluie noble et l\u00e9g\u00e8re,<br \/>Cent cinquante grammes aussi, c\u2019est l\u2019affaire !<br \/>Puis la levure arrive, demi-sachet suffit,<br \/>Et le sel, une pinc\u00e9e, pour relever l\u2019esprit.<\/em><\/p>\n<p><em>ACTE III \u2013 MARIAGE CARAMELIS\u00c9<\/em><\/p>\n<p><em>Ah ! Versez maintenant, avec main inspir\u00e9e,<br \/>Le m\u00e9lange aux Carambars, tout juste ti\u00e9di, m\u00eal\u00e9.<br \/>Remuez sans brutalit\u00e9, tout en souplesse,<br \/>Pour que la p\u00e2te devienne une douce promesse.<\/em><\/p>\n<p><em>ACTE IV \u2013 LA FOURNAISE<\/em><\/p>\n<p><em>Versez dans un moule, beurr\u00e9 comme un prince,<br \/>Et lissez le dessus \u2014 que rien ne coince !<br \/>Enfournez \u00e0 cent quatre-vingts degr\u00e9s, bien chaud,<br \/>Quarante minutes, pas plus, au tempo.<\/em><\/p>\n<p><em>Le parfum s\u2019\u00e9l\u00e8ve alors, conqu\u00e9rant, absolu,<br \/>M\u00eame mon\u00a0 Cyrano dirait : \u00ab\u00a0Je suis vaincu\u2026\u00a0\u00bb \u00bb<\/em><\/p>\n<p>C\u2019est beau, non\u00a0? Quant \u00e0 savoir si c\u2019est bon, il faudra attendre de go\u00fbter.<\/p>\n<p>Mais au vu de l\u2019application des petits p\u00e2tissiers, je serais tr\u00e8s \u00e9tonn\u00e9 qu\u2019il en soit autrement\u2026<\/p>\n<p>A demain pour le verdict\u2026<\/p>\n<p><strong>Samedi 12 juillet<\/strong><\/p>\n<p>Ce matin, Magasinage (comme disent nos cousins de la Belle Province), o\u00f9 vos chers petits sont all\u00e9s d\u00e9penser leurs sous pour acheter des merveilles de souvenirs qu\u2019ils ch\u00e9riront toute leur vie.<\/p>\n<p>Et cet apr\u00e8s-midi, activit\u00e9s \u00e0 la Grange, la m\u00e9t\u00e9o annon\u00e7ant des orages et pas mal de pr\u00e9cipitations sur nos pauvres t\u00eates.<\/p>\n<p>Oh, je vois tout de suite le rictus moqueur se dessiner sur vos visages sarcastiques \u00e0 l\u2019\u00e9vocation de l\u2019achat de souvenirs dans les boutiques de Luz. Dans votre Ford int\u00e9rieure, vous pensez \u00ab\u00a0Encore des cochonneries fabriqu\u00e9es en Chine, semblables \u00e0 toutes les autres cochonneries que l\u2019on trouve dans toutes les boutiques du monde entier\u2026\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ne niez pas, je le sais\u2026<\/p>\n<p>Sachez que vous vous trompez lourdement\u00a0! A Luz, rien de tout cela.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, beaucoup d\u2019enfants ont achet\u00e9 du saucisson\u00a0: ce n\u2019est donc pas de la cochonnerie, mais de la cochonaille\u2026<\/p>\n<p>Et pour le reste, je vais vous d\u00e9montrer par A + B que vous vous fourvoyez dans l\u2019erreur la plus noire\u00a0:<\/p>\n<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es, \u00e0 chaque fois que je passais devant les boutiques de souvenirs, je me faisais siffler. Pensant qu\u2019il s\u2019agissait de jolies femmes \u00e9blouies par ma plastique et ma d\u00e9marche f\u00e9line, je marchais en faisant semblant de ne rien remarquer. Pour deux excellentes raisons\u00a0: la premi\u00e8re, je ne suis pas celui que vous croyez\u00a0; la deuxi\u00e8me, Sylviane \u00e9tait toujours avec moi.<\/p>\n<p>Quelle ne fut pas ma surprise de d\u00e9couvrir, un jour o\u00f9 exceptionnellement j\u2019\u00e9tais seul, que c\u2019\u00e9tait un troupeau de ravissantes marmottes en peluche qui me h\u00e9laient.<\/p>\n<p>A partir de l\u00e0, l\u2019envie d\u2019en avoir une \u00e0 la maison, de pouvoir profiter chaque jour de sa trogne adorable et de son sifflement mutin, me taraudait toute l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Je me disais\u00a0: \u00ab En juillet prochain, je craque.\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Enfin, un beau jour, je me d\u00e9cidai \u00e0 acqu\u00e9rir cette boule de fourrure si douce et si repr\u00e9sentative de nos belles montagnes. En un tournemain, l\u2019affaire fut conclue, et, triomphant, je ramenai mon pr\u00e9cieux butin \u00e0 la Grange.<\/p>\n<p>Quelle ne fut pas ma d\u00e9ception devant la r\u00e9action de Sylviane. Une d\u00e9ception horrible, pareille \u00e0 celle d\u2019une enfant qui se pr\u00e9cipite au pied du sapin le 24 d\u00e9cembre et constate avec effroi que le P\u00e8re No\u00ebl l\u2019a oubli\u00e9e, laissant ses chaussures vides, d\u00e9risoires devant la chemin\u00e9e. Figurez-vous qu\u2019elle m\u2019a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Tu t\u2019es fait avoir, ce nid \u00e0 poussi\u00e8re au sifflement horripilant vient de Chine, pas des Pyr\u00e9n\u00e9es. Regarde l\u2019\u00e9tiquette\u00a0: \u2018Fabriqu\u00e9 en PRC\u2019. PRC comme Popular Republic of China, R\u00e9publique Populaire de Chine, si tu pr\u00e9f\u00e8res\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ne faisant ni une ni deux, je fon\u00e7ai vers le magasin pour dire son fait au commer\u00e7ant ind\u00e9licat qui m\u2019avait assur\u00e9 qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9e au coin de l\u2019\u00e2tre, \u00e0 la veill\u00e9e, par une vieille dame, qui tenait le secret de fabrication de sa d\u00e9funte m\u00e8re qui le lui avait confi\u00e9 sur son lit de mort. Et \u00a0qu\u2019elle-m\u00eame le tenait de sa d\u00e9funte m\u00e8re qui le lui avait confi\u00e9 sur son lit de mort. Et ainsi de suite, depuis des g\u00e9n\u00e9rations, et ce depuis le 8<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, et sans aucun doute avant, mais les archives avaient \u00e9t\u00e9 partiellement d\u00e9truites par un incendie lors de la R\u00e9volution\u2026<\/p>\n<p>J\u2019entrai donc et lui jetai \u00e0 la face le coup de l\u2019\u00e9tiquette. \u00ab\u00a0Mais Monsieur, vous vous fourrez le doigt dans l\u2019\u0153il jusqu\u2019au coude\u00a0!\u00a0\u00bb me r\u00e9pondit-il sans s\u2019\u00e9mouvoir. \u00ab\u00a0Fabriqu\u00e9 en PRC, c\u2019est au contraire la preuve que c\u2019est bien produit enti\u00e8rement en Pays Toy\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0???\u00a0\u00bb soulevai-je le sourcil.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0PRC veut dire \u2018Pyr\u00e9n\u00e9es R\u00e9solument Centrales\u2019, ce qui d\u00e9signe \u00e0 coup s\u00fbr le Pays Toy. C\u2019est la garantie absolue pour le consommateur d\u2019acheter un produit cr\u00e9\u00e9 et fabriqu\u00e9 localement, absolument vertueux sur le plan \u00e9cologique et tout et tout\u2026\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est totalement rass\u00e9r\u00e9n\u00e9 que j\u2019installai d\u00e8s mon retour \u00e0 la maison mon merveilleux souvenir en bonne place sur le buffet de notre salle \u00e0 manger, o\u00f9 il tr\u00f4ne, orgueil de la d\u00e9coration de la pi\u00e8ce\u2026<\/p>\n<p>En revanche, je ne m\u2019explique pas que les services de communication de la Vall\u00e9e des Gaves ne diffusent pas cette information par tous les moyens possibles\u00a0: affiches, sites internet, r\u00e9seaux sociaux, spots de pub \u00e0 la radio voire \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision\u2026<\/p>\n<p>Enfin, gr\u00e2ce \u00e0 ce blog de Bayen, ce malencontreux oubli est r\u00e9par\u00e9, et, gr\u00e2ce aux algorithmes de Messieurs Musk, Google et Facebook, le Monde entier saura\u2026<\/p>\n<p>Si vous n\u2019\u00eates pas convaincus avec \u00e7a, je ne sais pas ce qu\u2019il vous faut\u2026<\/p>\n<p>Et si vous \u00eates chanceux, vous aurez vous aussi droit \u00e0 une marmotte siffleuse lundi midi&#8230;<\/p>\n<p>Cet apr\u00e8s-midi, activit\u00e9s \u00e0 la Grange : poursuite de l\u2019atelier p\u00e2tisserie, fabrication d\u2019une maquette de la Grange, Land Art (cherchez dans le dico, je ne vais pas tout vous m\u00e2cher non plus&#8230;). Vingt-deux ch\u00e9rubins bien d\u00e9sinhib\u00e9s (on arrive en fin de s\u00e9jour) en action dans la maison, avec en prime un harmonieux fond musical de Hard Rock. C\u2019est vous dire s\u2019il y a de l\u2019ambiance.<\/p>\n<p>On dit\u00a0: Les Incas, les Incas\u2026 Oui, bon, les Incas\u2026 Mais quand m\u00eame\u2026 On peut dire ce qu\u2019on voudra, il faut quand m\u00eame reconna\u00eetre leurs m\u00e9rites.<\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e de sacrifier une quinzaine d\u2019enfants au Dieu Soleil pour qu\u2019il dissipe les nuages et renvoie le Dieu de la Pluie \u00e0 la niche n\u2019est pas si stupide que \u00e7a\u2026<\/p>\n<p>Mais vous savez ce que c\u2019est\u00a0: on s\u2019y attache, \u00e0 ces petites b\u00eates. Et par cons\u00e9quent, ce projet, pour int\u00e9ressant qu\u2019il soit, est remis \u00e0 une date ult\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Ce soir, Alexis, le Guide qui va accompagner toute la troupe demain pour l\u2019ultime randonn\u00e9e en montagne, vient motiver les troupes o\u00f9 certains ne sont pas enti\u00e8rement convaincus de la beaut\u00e9 de l\u2019effort et de la n\u00e9cessit\u00e9 absolue de grimper jusqu\u2019au sommet, juste pour avoir le plaisir de redescendre.<\/p>\n<p>Blague \u00e0 part, ils sont tous ravis qu\u2019il vienne raconter ses courses dans les Pyr\u00e9n\u00e9es et dans toutes les cha\u00eenes du globe (ou peu s\u2019en faut).<\/p>\n<p>Et pour c\u00e9l\u00e9brer dignement ceci, un ap\u00e9ro\u00a0! \u2026<\/p>\n<p><strong>Dimanche 13 juillet<\/strong><\/p>\n<p>Finalement, tout s\u2019est arrang\u00e9\u00a0!<\/p>\n<p>Alors qu\u2019hier nous avions renonc\u00e9 (apr\u00e8s moult h\u00e9sitations) \u00e0 l\u2019id\u00e9e de sacrifier une quinzaine d\u2019enfants au Dieu Soleil, il a d\u00fb manger autre chose et mettre au Dieu de la Pluie une fess\u00e9e \u00e0 Chifoumi.<\/p>\n<p>Celui-ci s\u2019est retir\u00e9 dans ses terres du Yorkshire, et c\u2019est sous un radieux ciel d\u2019azur que nos petits Bayennais, le front altier et le pied l\u00e9ger, sont partis r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019appel irr\u00e9sistible des cimes pyr\u00e9n\u00e9ennes, sous la houlette bienveillante d\u2019Alexis, notre guide pr\u00e9f\u00e9r\u00e9, et de Pierre, notre chauffeur de Capoumobile pr\u00e9f\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment, la semaine est plac\u00e9e sous le signe astrologique du Lama, ascendant Lama : c\u2019est un petit troupeau de ces charmantes bestioles qui a accueilli les enfants durant la mont\u00e9e vers le Lac d\u2019Oncet, surplomb\u00e9 par la silhouette attentive du guetteur d\u2019une harde d\u2019isards.<\/p>\n<p>Avant l\u2019invention du 4&#215;4 et de l\u2019h\u00e9licopt\u00e8re, les bergers passaient toute l\u2019estive dans les hauts p\u00e2turages, avec leur troupeau. Pierre \u00e0 pierre, sans mortier, ils construisaient des cabanes qui leur servaient d\u2019abri. Au pied de l\u2019une d\u2019elles, Alexis a fait revivre ces hommes rudes et solitaires en racontant pour nos petits randonneurs leur vie aust\u00e8re, libre et sauvage. Maintenant, ces bories, comme on les appelle dans le Sud de la France, perdurent au bord du chemin, t\u00e9moins immobiles de ces temps anciens, refuges occasionnels d\u2019imprudents surpris par l\u2019orage.<\/p>\n<p>Mais malgr\u00e9 cela, le sac \u00e0 dos est pesant, le chemin grimpe dur, certains tirent la patte, et tous esp\u00e8rent \u00e0 chaque repli du terrain que ce fichu lac se trouve derri\u00e8re.<\/p>\n<p>Et soudain, il appara\u00eet, et chacun peut, assis dans l\u2019herbe, profiter pleinement de la vue et des couleurs somptueuses de la nature\u00a0: l\u2019eau bleue-verte, la montagne en cama\u00efeu de vert, gris et marron, le ciel immens\u00e9ment bleu, dans lequel le soleil luit et dispense ses rayons chaleureux.<\/p>\n<p>Le Pic du Midi de Bigorre, avec son c\u00e9l\u00e8bre Observatoire, domine de toute sa majest\u00e9 le site. L\u2019histoire de la construction des b\u00e2timents, de la mise en place des t\u00e9lescopes, de la vie des scientifiques sur cette plate-forme qui domine toute la cha\u00eene des montagnes et toute la plaine, de Tarbes jusqu\u2019\u00e0 Dunkerque, n\u2019a pas de secret pour Alexis. Et, gr\u00e2ce \u00e0 sa faconde, n\u2019en a plus aucun pour les enfants, suspendus \u00e0 ses l\u00e8vres.<\/p>\n<p>Ensuite, tandis que la troupe se restaurait au bord du lac, les lamas les ont rejoints, d\u00e9ambulant tranquillement au milieu d\u2019eux. Mais gr\u00e2ce \u00e0 la balade de mardi, ce sont maintenant des animaux familiers, et personne n\u2019 a eu peur.<\/p>\n<p>Pas plus que des crapauds que l\u2019ont peut observer, tout au bord de l\u2019eau, avec leur chapelet d\u2019\u0153ufs accroch\u00e9s sur le dos. N\u00e9anmoins, pas de baiser pour voir s\u2019ils se changent en Prince ou Princesse\u00a0: les enfants sont farouchement r\u00e9publicains.<\/p>\n<p>Et tandis que neuf gar\u00e7ons suivaient Alexis dans l\u2019ascension du Pic de la Bonida (Vous le connaissez\u2026 Mais si. Mais si, enfin : il est situ\u00e9 juste en face du Pic Eupendre et du Pic de la Mirandole !), les filles et les gar\u00e7ons rest\u00e9s au bord du lac s\u2019essayaient aux ricochets, comme l\u2019ami Brassens :<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0N&rsquo;anticipons pas,<br \/>Sur la berge, en bas,<br \/>Tout contre une pile,<br \/>La belle t\u00e2chait<br \/>D&rsquo; fair&rsquo; des ricochets<br \/>D&rsquo;un&rsquo; main malhabile.<br \/>Moi, dans ce temps-l\u00e0,<br \/>Je n&rsquo; dis pas cela<br \/>En bombant le torse,<br \/>L&rsquo;air avantageux,<br \/>J&rsquo;\u00e9tais \u00e0 ce jeu<br \/>De premi\u00e8re force.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Fatigu\u00e9s, mais heureux de cette belle ultime journ\u00e9e en montagne, o\u00f9 ils ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 survol\u00e9s de pr\u00e8s par un Gypa\u00e8te Barbu, nos routiers et capitaines ont repris le bus r\u00e9parateur pour un retour \u00e0 la Grange.<\/p>\n<p>Et ce soir, la tradition sera bien respect\u00e9e\u00a0: le dernier repas sera une horreur d\u2019\u00e9quilibre alimentaire\u00a0: burger (maison, tout de m\u00eame), frites, glace.<\/p>\n<p>Il sera bien entendu suivi de la Boum (avec boissons et bonbons, pour parfaire le cauchemar di\u00e9t\u00e9tique).<\/p>\n<p>Tenue de soir\u00e9e, maquillage, gel capillaire, sono et playlist d\u2019enfer de rigueur\u2026<\/p>\n<p>Et voil\u00e0\u00a0! Le temps a fil\u00e9 vite, et le camp tire \u00e0 sa fin. Merci aux enfants, qui ont \u00e9t\u00e9 adorables, m\u00eame si parfois un tantinet bruyants (au-del\u00e0 de 90 d\u00e9cibels durant les repas, on atteint le seuil de douleur et cela peut causer des l\u00e9sions irr\u00e9versibles des tympans. Hein, qu\u2019est-ce que vous dites\u00a0?). Merci \u00e0 l\u2019\u00e9quipe d\u2019animation\u00a0: \u00e0 Lucile pour sa rigueur, son organisation, son enthousiasme et sa disponibilit\u00e9 sans faille\u00a0; \u00e0 Justine, toujours aux petits soins pour tous\u00a0; \u00e0 Emilie, Sara et Valentino, qui ont brillamment fait oublier qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas encore totalement titulaires du BAFA\u00a0; A Sylviane, enfin, Notre-Dame de l\u2019Hygi\u00e8ne, qui s\u2019est employ\u00e9e sans rel\u00e2che pour que tout roule. Et je n\u2019oublie pas tous ceux qui sont venus auparavant pour faire que la Grange soit en \u00e9tat pour nous accueillir\u00a0(\u00e9lectricit\u00e9, chauffe-eau, tonte, nettoyage et montage de la tente\u00a0: liste non exhaustive).<\/p>\n<p>Je sais, c\u2019est comme quand on subit un g\u00e9n\u00e9rique de film ou les remerciements lors de la c\u00e9r\u00e9monie des C\u00e9sars : la s\u00e9quence peut para\u00eetre barbante. Mais tant pis, je tenais \u00e0 l\u2019\u00e9crire, parce que ce qui fait Bayen, ce sont toutes ces g\u00e9n\u00e9rations qui viennent b\u00e9n\u00e9volement, sur leur temps libre et leurs vacances, pour continuer \u00e0 entretenir la flamme que Robert et Georges, les fondateurs, ont allum\u00e9e il y a plus de cinquante ans\u2026<\/p>\n<p>Demain, vos chers petits vont revenir aux p\u00e9nates pour vous retrouver, le c\u0153ur content. Mais Brassens, encore lui, l\u2019a chant\u00e9 mieux que je ne saurais l\u2019\u00e9crire\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Heureux qui, comme Ulysse,<br \/>A fait un beau voyage,<br \/>Heureux qui, comme Ulysse,<br \/>A vu cent paysages.<br \/>Et puis a retrouv\u00e9,<br \/>Apr\u00e8s maintes travers\u00e9es,<br \/>Le pays des vertes ann\u00e9es\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Durant ce camp, ils ont fait l\u2019exp\u00e9rience de la vie en commun, avec les copains, et se sont enivr\u00e9s au doux parfum de l\u2019ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de vous. Ils grandissent\u2026<\/p>\n<p>Mais l\u00e0 encore, laissons \u00e0 Tonton Georges le mot de la fin\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Par un petit matin d&rsquo;\u00e9t\u00e9,<br \/>Quand le soleil vous chante au c\u0153ur,<br \/>Qu&rsquo;elle est belle la libert\u00e9, la libert\u00e9\u2026<br \/>Quand on est mieux ici qu&rsquo;ailleurs,<br \/>Quand un ami fait le bonheur,<br \/>Qu&rsquo;elle est belle la libert\u00e9, la libert\u00e9\u2026\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":22,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-5284","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-news"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.assobayen.net\/Wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5284","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.assobayen.net\/Wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.assobayen.net\/Wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.assobayen.net\/Wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/users\/22"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.assobayen.net\/Wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5284"}],"version-history":[{"count":27,"href":"https:\/\/www.assobayen.net\/Wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5284\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5454,"href":"https:\/\/www.assobayen.net\/Wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5284\/revisions\/5454"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.assobayen.net\/Wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5284"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.assobayen.net\/Wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5284"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.assobayen.net\/Wordpress\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5284"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}