Mercredi 8 juillet
C’est à une heure abracadabrantesque (6h50) que le clairon a retenti pour saluer la belle journée qui s’annonçait. Il ne s’agissait pas de plaisanter et d’escamoter le petit déjeuner, car la montagne appelait les enfants en laissant poindre le soleil. Vérification du sac à dos : casquette, lunettes noires, crème solaire, et surtout 1,5 litre d’eau par tête de pipe !
Après une approche en bus, Félix, le guide, accueillait la troupe et tout le monde s’élançait bravement vers Hatacam et le lac d’Isaby. Bien que certains, à les en croire, ne marchent à la maison que depuis le canapé jusqu’à la voiture (et inversement, soyons honnête), aucune défection n’était constatée, et le but était atteint sans coup férir (c’est normal, parce que je ne sais pas si vous avez déjà essayé de faire férir un coup, mais ce n’est pas facile…).
Grâce à Félix, vos enfants connaissent maintenant toute la différence entre un grillon et une sauterelle : morphologie, mode de vie, chant…
Ils ont pu contempler le vol des vautours, qui, sans même un seul battement d’aile, scrutent inlassablement la montagne, profitant des courants ascendants qui s’exhalent des pentes.
Ce qui est super chouette dans le lac d’Isaby, c’est qu’il y a devinez quoi ? Des têtards dodus ! Ils sont si mignons, à se tortiller pour vous filer entre les doigts ! Impossible de les capturer ! C’est dommage, je suis certain que vous auriez été si heureux que votre enfant vous en ramène un à la maison…
Après le repas, passage en mode Aventuriers : il fallait sauter de rocher en rocher pour franchir le torrent furieux, au risque d’être précipité dans les flots impétueux. Fort heureusement, tout le monde a réussi l’épreuve, sans pertes humaines à déplorer.
Ultime épreuve : chasser une harde d’ours courroucés d’un champ de myrtilles pour pouvoir se régaler de ces baies sauvages. Tant pis pour les ours : nos chasseurs-cueilleurs ont fait une véritable razzia, et il n’est pas impossible que certains aient encore la langue bleue lundi lorsque vous les récupérerez…
Mardi 7 juillet
Si vous êtes de fins observateurs du monde qui nous entoure, vous aurez remarqué que les thermomètres font les petits fous et que l’anorak est superfétatoire le plus clair de la journée.
Mais il en faudrait plus pour décourager des Bayennais !
Ce matin, après la première nuit, qui sous la tente, qui dans le dortoir, après un petit déjeuner roboratif, tout le monde s’est dirigé vers le bus pour une expédition animalière à Argelès Gazost.
La visite a commencé par un documentaire sur le métier de soigneur. Il aurait pu susciter des vocations, mais il est apparu bien scolaire à des enfants qui, il n’y a même pas une semaine, usaient leur fond de culotte sur les bancs de l’école.,
C’était bien mieux de voir les animaux pour de vrai et surtout de caresser et nourrir les petites chèvres !
Après le repas, le mercure ne se décidant pas à revenir à des seuils plus décents, toute la troupe s’est repliée sur la Grange, où les animateurs avaient préparé des ateliers divers et variés : construction d’arcs (Robin des Bois bientôt relégué dans les limbes de l’oubli), origamis (les maîtres japonais bientôt en déprime), jeux divers (avec une prédilection pour ceux qui permettent de se mouiller) et atelier cuisine (là, c’est moi qui vais bientôt rendre mon tablier)…
Et puis nous mangerons tôt, vers 18h30, histoire d’aller taquiner Morphée de bonne heure, car demain le départ pour la balade vers Hautacam et le lac d’Isaby se fera dès potron-minet (bus à 7h45), histoire de grimper à la fraîche.
Rendez-vous demain pour le récit de l’épopée…
Lundi 6 juillet
Ce sont les chatons qui ont été étonnés !… Depuis si longtemps qu’ils voyaient la porte de la grange fermée, les murs et la plate-forme envahis par les herbes, ils avaient fini par croire que la race des montagnards était éteinte, et, trouvant la place bonne, ils en avaient fait quelque chose comme un quartier général, un centre d’opérations stratégiques : le moulin de Jemmapes des chats… Le jour de mon arrivée, il y en avait bien, sans mentir, une cinquaine assis en rond sur la plate-forme, en train de se chauffer les pattes à un rayon de soleil… Le temps d’entrouvrir une lucarne, frrt ! voilà le bivouac en déroute, et tous ces petits derrières multicolores qui détalent, la queue en l’air, dans le fourré. J’espère bien qu’ils ne reviendront pas de sitôt.
(Merci Monsieur Daudet pour votre aide).
En ce qui concerne vos enfants, rassurez-vous : ils sont bien arrivés à Bayen. Les petits nouveaux ont découvert le site, les « anciens » ont pu prendre l’air blasé de ceux à qui on ne la fait pas. Les filles se sont installées sous la grande tente, les garçons ont investi les dortoirs.
Et puis tous sont allés découvrir les beautés de Sazos : la fontaine du bélier, le vieux lavoir à l’eau si fraîche, idéale par ce temps estival, le calvaire et ses jeux, le terrain de stritefoute où certains ont rejoué la Coupe du Monde (moi, je suis les français, et toi les norvégiens…).
Je tiens tout de suite à rassurer les parents d’un garçon qui se voyaient déjà catalogués indignes et livrés à la vindicte populaire : leur enfant n’est absolument pas traumatisé par le fait que sa valise soit restée ce matin dans le coffre de leur voiture. Ho, les autres, on ne rigole pas bêtement ! Je sais, quand on entend à la radio qu’un gugusse a oublié sa belle-mère sur l’aire d’autoroute, on se dit qu’il l’a fait exprès, ou qu’il est idiot, mais que l’on est absolument à l’abri d’une telle bourde. Mais dans l’euphorie du départ, les embrassades et la perspective d’une semaine en amoureux sans progéniture, ça peut arriver à des gens très bien… Ils en sont quittes pour un aller-retour express vers les montagnes.
Dans quelques semaines, tout le monde sourira à l’évocation de cette petite étourderie, qui pèsera bien peu par rapport à tous les beaux souvenirs qu’auront accumulé les enfants durant ce camp.
Demain, visite du Parc Animalier des Pyrénées (moi, j’aimais mieux l’ancien nom de Colline aux Marmottes) : isards, ours, marmottes, bouquetins, loups et toute la panoplie… En attendant, à table, après avoir appris le Bona Bona pour ceux qui ne connaissent pas encore (si c’est votre cas, demandez à votre enfant à son retour). Bonne nuit !












